Aude, mumpreneur power #11

> Qui êtes-vous?

Aude Herrard, 36 ans. Mariée à Thibault et maman de 2 filles Elsa et Mahaut, de 8 et 5 ans.

> Quel est le nom de votre entreprise ? Quelle est votre profession ?

Trois petits riens 

Je suis une faiseuse de grigris. Artisan, couturière, je fabrique des poupées en tissus appelées Midinettes et Messieurs sur mesure et à la main.

J’ai la particularité d’enchaîner deux activités. Le jour, je suis chargée d’études en urbanisme dans une société privée, j’étudie des villes, c’est un travail plutôt, même complètement, cérébral et pas créatif du tout.

Quand vient le soir, je mets ma cape de couturière et je fabrique ces petits grigris, la plupart du temps  à l’image de quelqu’un et tatoués. 

Le cumul de deux activités est un choix, pas toujours facile à assumer. Il fait partie de notre projet de famille puisque la construction de l’extension de notre maison ne pourrait pas se faire si je ne faisais que Trois petits riens, c’est un moyen de financer plus rapidement les travaux. Mais dans l’idéal, j’aimerai pouvoir m’enfermer dans mon atelier et ne faire que ça et surtout la journée. Une fois que la maison sera telle qu’on l’imagine peut être que je pourrais m’enfermer dans mon atelier toute la journée.

Ce sont devenir maman et la disparition de plusieurs personnes autour de moi qui m’ont fait me dire qu’il fallait profiter du temps qui nous est donné. J’avais envie de vivre passionnément quelque-chose (au-delà de mes filles et de mon cocon). J’en avais assez de rentrer le soir du travail en me disant que ma journée n’avait servi à rien, avec l’impression de ne pas avoir fait grand-chose alors qu’on y passe un paquet d’heures pourtant.

Certains font du sport, de la méditation, de la peinture pour se changer les idées, moi j’ai choisi la couture et très vite c’est devenu bien plus qu’un hobby : une passion nécessaire. J’avais besoin d’utiliser mes mains pour fabriquer quelque chose qui fasse du bien, un objet original et personnel. La Midinette est née, et même si j’ai créé ma micro-entreprise bien avant l’idée des poupées grigris, c’est à ce moment-là que cette structure a pris tout son sens.

Pour ce qui est des Trois petits riens, je travaille à la maison. Il y a, au rez-de-chaussée de notre maison en meulière, une minuscule pièce de 5m² qui a vite trouvé une fonction : être ma pièce à moi. C’est un peu un mini-sanctuaire avec des photos, des objets que j’avais petite et acquis plus récemment, des cartes, des petits bouts de tissus sur mon mur d’inspiration, j’y ai tout mon bazar empilé sur des étagères pour rendre ce petit espace le plus pratique possible.

J’y suis de plus en plus, c’est un peu l’endroit où j’ai besoin d’être pour me ressourcer. Mes filles ont le droit d’y entrer, uniquement quand j’y suis. Je n’aime pas y trouver quelqu’un quand je n’y suis pas. Par contre, la porte reste ouverte dès que j’y suis installée.

Dans quelques années, quand notre extension de maison sera réalisée, je devrais migrer dans une autre partie de la maison, dans un atelier beaucoup plus grand, lumineux, avec d’immenses murs pour pouvoir y accrocher des tas de choses inspirantes. Et surtout produire dans de meilleures conditions mes Midinettes par milliers !

> Quelle est votre journée type de maman, femme, et chef d’entreprise (le combo!) ?

Entre 06h53 et 07h21, Réveil. J’ai beaucoup de mal à me lever le matin… C’est d’ailleurs souvent sur elles que se répercute mon/notre retard, et c’est très mal ! On descend habillés, frais et coiffés (maquillée) tous les 4 pour prendre le petit-déj vers 07h43.

Départ pour l’école vers 08h12, à pied et toutes les trois. On se raconte des petits trucs et souvent on fait le chemin avec des copines/copains des filles. L’école d’Elsa est la première sur le chemin, on se fait un bisou chacune et ensuite c’est au tour de Mahaut, je dois attendre à la grille qu’elle me fasse coucou par la fenêtre de sa classe.

A 08h30, la grille de l’école se ferme, je cours vers la gare pour monter dans le RER, à condition que celui-ci ne soit pas trop plein, car maintenant je refuse de monter dans un wagon quand j’ai l’impression que j’y serai comme une sardine dans sa boîte. J’arrive à la Défense un peu avant 9h00, c’est là que se trouve mon travail salarié. J’y reste jusqu’à 17H30 environ. Je passe ma journée derrière un ordinateur à faire des recherches et rédiger des rapports.

Je reprends le RER dans l’autre sens, généralement avec un bouquin. Vers 18h15 voire 30 je récupère les filles à la garderie, on rentre à pied à  la maison et les filles me racontent leur journée trépidante sur le chemin et chacune leur tour le menu du midi à la cantine. En arrivant à la maison, c’est l’heure du bain/douche.

A partir de 19h, on dîne toutes les trois.  Thibault n’est pas avec nous, il donne des cours de saxophone dans son studio, au sous-sol de la maison. Il nous rejoint généralement vers 19h30, on peut alors nous raconter nos journées. Les filles ont souvent le temps de jouer un peu, mais calmement.

Vers 20h, on monte dans la chambre des filles. C’est souvent Thibault qui leur lit une ou deux histoires, en faisant lire Elsa. Pendant ce temps, je prépare les affaires des filles pour le lendemain, mais j’avoue qu’il m’arrive souvent de louper cette étape car je redescends pour préparer Ma soirée, ou plutôt ma deuxième journée.

A 20h30, extinction des feux. Les filles sont couchées. Thibault reprend ses cours à ce moment-là, pour ses élèves nocturnes.

C’est à ce là que je peux me mettre à ma table et travailler sur mes commandes et autres petits projets grigriesques ! De temps en temps, j’entends des petits pas dans l’escalier, les filles viennent faire les petites souris et voir ce que je fais et me demander un câlin, un verre d’eau ou me dire qu’elles n’ont pas envie de dormir. Un dernier bisou et elles remontent se coucher.

Je travaille généralement 3 heures le soir. Sauf si Thibault a envie qu’on discute ou qu’il s’ennuie (mais c’est rarement le cas !). J’éteins ma lampe de chevet vers minuit, après avoir lu quelques pages d’un roman, impossible de m’endormir sans.

> Etes-vous heureuse dans votre vie de Mumpreneur ?

Mon avis varie beaucoup en fonction des situations, mais dans l’ensemble je suis heureuse.

J’aimerai beaucoup pouvoir vivre de ma passion, sans avoir l’impression de me priver même des plaisirs simples. Mon emploi salarié me permet de garder une vie sociale et une sécurité (assurance maladie/mutuelle/cotisation retraite), même si je préfèrerai ne plus avoir à prendre ce fichu RER. Il m’arrive de trouver cette situation un peu triste mais je relativise.

Mon objectif serait de réduire un peu plus mon temps salarié, je suis aux 4/5 aujourd’hui et profite de mes mercredis.

Les Trois petits riens m’ont fait me transformer, m’affirmer dans ma passion et en tant que femme. J’ai perdu beaucoup d’amis en travaillant sur ce projet, mais j’en ai rencontré d’autres et rien que pour cela je ne retournerais pas en arrière. Au-delà de mon couple, de la famille que nous avons construite et dont je suis extrêmement fière, sans les Trois petits riens il manquerait quelque chose. Je me sens entière aujourd’hui.

En tant que Maman, je suis ravie que mes filles puissent me voir travailler à la maison, elles ont envie de faire comme moi, je leur montre et elles s’essaient à la broderie sur papier, au dessin sur tissu. C’est ma petite fierté. Elles sont habiles de leurs mains, plutôt indépendantes dans leur créativité et très créatives !

En tant que femme, je dirai que c’est comme cela que nous trouvons notre équilibre avec Thibault. En m’occupant je donne envie à Thibault de s’occuper et inversement. C’est en faisant qu’on se donne de l’énergie dans nos projets l’un et l’autre. On a toujours fonctionné comme ça, en symbiose en quelque sorte, si l’un de nous est cafardeux, l’autre le sera aussi. Depuis que nous avons les filles, on se motive d’autant plus mutuellement, moi j’ai les Trois petits riens et Thibault : l’extension de la maison qu’il auto-construit (et ce n’est pas rien !).

> Comment faites vous pour trouver l’inspiration, faire un break ?

L’inspiration, je la trouve en regardant les gens (ça peut paraître étrange mais c’est assez inspirant), j’aime regarder les couleurs qu’ils portent, les associations de couleurs et de matières qu’ils portent. Je passe aussi du temps sur Instagram et Pinterest et dans les boutiques d’éditeurs de tissus.

Pour ce qui est des breaks, je profite souvent de mon mercredi matin (seule demi-journée de la semaine rien qu’à moi encore cette année) pour voir des amies. Il y a aussi le canapé qui m’appelle de temps en temps pour y bouquiner. Lire me permet de me déconnecter complètement, parfois je lis même dans mon bain 😉

Passer du temps avec ma famille et mes amis me fait un bien fou, même si le temps ne me le permet pas toujours.

Quel sont les conseils et astuces que vous donneriez à une future Mumpreneur ?

Je n’ai pas de conseils et astuces très originaux, mais si j’avais quelques préceptes à garder en mémoire ce serait :

  • S’entourer de gens qui comprennent et qui sont de bons conseils. Faire et laisser dire ceux qui médisent, ils n’apportent rien dans un projet qui nous tient à cœur. Il faut s’entourer de bienveillance, c’est tellement important.

Ne surtout pas s’oublier et s’écouter. Si vous ne sentez pas, ne le faites pas ! Et puis si vous êtes fatiguée, allez vous coucher !!

Retrouvez Julie, la créatrice de Mumpreneur Power sur son shop :

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